© Ametra Group – AC Fredenucci 

Du 15 au 19 juin 2026, le Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte a accueilli la 29e édition d’Eurosatory, le plus grand salon mondial de la défense et de la sécurité terrestres et aéroterrestres. Avec plus de 2 600 exposants et 300 délégations officielles venues de près de 100 pays, déployés sur plus de 185 000 m² (une surface étendue cette année à un nouveau hall), l’édition 2026 s’est imposée comme la plus vaste de l’histoire d’un salon né en 1967.

Mais au-delà des chiffres, c’est une formule prononcée dès l’inauguration par Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, qui a donné le ton du millésime : “Notre première arme, c’est l’usine”. 

Dans un contexte de réarmement européen accéléré, première édition depuis l’adoption du plan ReArm Europe, le salon a confirmé un basculement déjà perceptible en 2024 : la supériorité militaire ne se joue plus seulement sur le champ de bataille, mais aussi sur les chaînes de production. Montée en cadence industrielle, souveraineté de la Base industrielle et technologique de défense (BITD), combat collaboratif et lutte anti-drones ont constitué les fils rouges de ces cinq jours, placés sous le thème “Se préparer, s’engager et vaincre en coalition aéroterrestre”.

Quelques instants avant ce discours, la zone extérieure du salon avait déjà donné à voir ce que la ministre a qualifié de fenêtre sur le combat d’aujourd’hui : une démonstration dynamique grandeur nature, mêlant véhicules de la gamme Scorpion, drones et robots, sous commandement multinational.

© Ametra Group – AC Fredenucci 

Pour Ametra Group, présent tout au long du salon (Hall 5A, stand F73), cette édition a été l’occasion privilégiée de prendre le pouls d’un secteur en pleine accélération et de confirmer son rôle d’acteur de l’ingénierie intégrée au cœur des grands programmes terrestres et aéroterrestres. Car derrière les plateformes et les systèmes exposés à Villepinte, c’est précisément ce travail d’intégration (systèmes embarqués, mécatronique, communication, visualisation) qui transforme une technologie en capacité opérationnelle.

Scorpion, colonne vertébrale du combat collaboratif

La démonstration dynamique présentée à l’ouverture a placé sans surprise le programme Scorpion au centre du jeu. Pilier de la modernisation de l’armée de Terre française depuis 2017, il repose sur trois plateformes (le véhicule blindé Griffon, l’engin de reconnaissance et de combat Jaguar et le véhicule léger Serval) et sur un consortium réunissant Arquus, KNDS France et Thales. Scorpion incarne le passage au combat collaboratif infovalorisé : des véhicules connectés qui partagent le renseignement en temps réel, accélèrent les boucles décisionnelles et coordonnent leurs effets grâce aux systèmes de communication CONTACT.

La séquence jouée à Villepinte, qui a mobilisé une vingtaine de véhicules et une dizaine de drones et robots mis en œuvre par des militaires français, belges et britanniques, a illustré cette logique d’ensemble : acquisition du renseignement, action dans la profondeur, délivrance des feux et conquête, sous commandement multinational. Car Scorpion n’est plus seulement français. Le partenariat CaMo, qui structure la coopération franco-belge autour du même socle technologique et que le Luxembourg a rejoint fin 2025, en fait un démonstrateur d’interopérabilité européenne, à l’heure où la France s’apprête à prendre le commandement de l’Allied Reaction Force de l’OTAN. Présenté à Villepinte comme une vitrine du savoir-faire français, le programme commence d’ailleurs à susciter un intérêt à l’export.

L’édition 2026 a aussi montré comment cet écosystème s’ouvre à de nouveaux acteurs. Renault et Thales y ont dévoilé le 4 Troop, un véhicule multi-missions sur base civile développé à la demande de la DGA, conçu comme un poste de commandement mobile capable de piloter drones aériens et terrestres depuis son tableau de bord et embarquant les technologies duales issues de l’environnement Scorpion. Un tel objet résume le cœur du métier d’Ametra Engineering : assembler en co-ingénierie des briques technologiques (communications sécurisées, connectivité tactique, aide à la décision) en un système embarqué cohérent et opérationnel.

4 TROOP © Renault Group & Thales

La montée en cadence, nouveau front industriel

Mais l’ouverture a surtout posé un fil rouge industriel. Les exemples chiffrés, détaillés par la ministre, n’ont pas manqué. Chez KNDS, à Roanne, les effectifs ont doublé en sept ans sous l’effet des investissements consentis sur la chaîne des véhicules Scorpion, et l’un des projets d’extension du groupe doit être prochainement classé « projet d’intérêt national majeur », une première pour un site de défense. Chez Safran, à Montluçon, la capacité de production des bombes guidées AASM Hammer aura été multipliée par six entre 2022 et 2026. Chez MBDA, la production de missiles a doublé entre 2023 et 2025, avec un nouveau site de mécanique annoncé près d’Orléans. Pour éprouver cette bascule, la DGA a conduit dix jours plus tôt un exercice inédit baptisé Endurance, un test grandeur nature de l’industrie face à une demande massive et simultanée.

© DGA/Ministère des armées

Au micro de BSmart, sur le stand Ametra, Alexandre Lahousse, Directeur Général Adjoint de la Direction Générale de l’Armement, a élargi la focale au-delà des maîtres d’œuvre : « Quand on multiplie par trois en deux-trois ans la production du Caesar, ce n’est pas seulement KNDS : c’est toute la chaîne de sous-traitance qu’il y a derrière. »

Cette montée en cadence rejoint directement le quotidien d’Ametra : industrialiser rapidement des systèmes complexes, qualifier de nouveaux systèmes et accompagner les donneurs d’ordres sur l’ensemble du cycle de vie, sans rien céder sur la qualité ou sur les délais. C’est tout le sens de la “DGA de combat” appelée par la ministre : une industrie plus proche du terrain, plus réactive et plus attentive au temps opérationnel.

Drones et lutte anti-drones : conjuguer la masse et la technologie

Aucun sujet n’a autant irrigué l’ouverture du salon que celui des drones et de la lutte anti-drones. Le constat, désormais partagé, a été posé sans détour par le ministère des Armées : des engins à bas coût, produits en masse, saturent aujourd’hui les défenses les plus avancées, et l’enjeu n’est plus d’opposer la masse à la technologie mais de les conjuguer. Dans le prolongement des enseignements de la guerre en Ukraine, la munition téléopérée et la robotique de combat s’imposent comme des capacités de premier plan.

Ce basculement a aussi une traduction économique. Le marché des drones militaires connaît une croissance soutenue, et la France compte parmi les tous premiers investisseurs européens, avec une stratégie tournée vers la production nationale, les munitions rôdeuses et des systèmes souverains à moindre coût.

Côté industriels, Thales a ouvert le bal dès la première journée avec deux annonces dédiées à la menace drone : une roquette guidée laser de 70 mm de nouvelle génération, pensée pour les opérations anti-drone, et RapidStriker, un système complet de protection contre les drones. 

La lutte anti-drones repose moins sur une brique unique que sur l’assemblage de capteurs, de radars, d’effecteurs et de logiciels de traitement en un système cohérent, souvent embarqué sur un véhicule existant. Cet assemblage multi-systèmes, au croisement de plusieurs disciplines, illustre une pratique familière à Ametra : la fertilisation cross-industrie, qui consiste à transposer d’un secteur à l’autre les meilleures méthodes et technologies.

La souveraineté, désormais une affaire européenne

Si la première journée a posé la cadence industrielle comme priorité nationale, l’édition 2026 a surtout montré que cette ambition se conjugue désormais à l’échelle du continent. Le réarmement, a rappelé Catherine Vautrin, doit être européen : mutualiser les investissements, harmoniser les besoins et faire en sorte que la dépense publique européenne profite à l’industrie européenne. Plusieurs annonces du salon ont donné corps à ce discours.

La plus emblématique est venue du couple franco-belge. Arquus et John Cockerill Defense, réunis depuis leur rapprochement de 2024, ont dévoilé le FENRIS, un blindé de 26 tonnes armé d’un canon de 105 mm et aérotransportable par A400M. Lancé en juillet 2025 et présenté onze mois plus tard, il illustre autant une ambition de souveraineté industrielle qu’une capacité à intégrer vite : la tourelle et le canon viennent du savoir-faire belge, la mobilité de l’expertise française d’Arquus.

KNDS, de son côté, s’est posé en intégrateur européen du combat terrestre. Le groupe a présenté les dernières évolutions du Leopard 2 et du char Leclerc, le démonstrateur Leopard 2 A-RC 3.0 et, pour la première fois, un concept de char de combat de nouvelle génération censé incarner sa vision des futures capacités européennes. Face aux retards du programme franco-allemand MGCS, il a aussi dévoilé le CAPINT, un char de transition destiné à prendre la relève des Leclerc vieillissants. Autant de plateformes qui partagent les mêmes axes de travail : amélioration de la fonction feu, renforcement de la protection, intégration de capacités anti-drones et numérisation du poste de commandement embarqué.

La logique de coopération s’est lue jusque dans les chaînes d’approvisionnement. Daimler Truck Defence a présenté une gamme adossée à neuf partenaires européens, de KNDS pour les cabines blindées à Quantum Systems et ARX Robotics pour les drones et robots terrestres. Pour autant, cette coopération ne gomme pas la quête d’autonomie. Pour la frappe dans la profondeur, la France a fait le choix d’un système souverain plutôt qu’une solution sur étagère, en ouvrant des négociations exclusives avec le groupement Safran-MBDA pour ses futurs lance-roquettes. D’autres programmes avancent par mutualisation : l’accord signé au salon entre la Finlande et la Suède a fait passer le véhicule chenillé TRACKX en phase de production. Et la dynamique des contrats reste résolument transeuropéenne, du système sol-air franco-italien SAMP/T NG commandé par le Danemark au partenariat franco-suédois, jusqu’à la commande française du missile antichar NLAW. L’export n’est plus seulement un débouché, il devient un levier d’interopérabilité et de consolidation d’une base industrielle commune.

La quête de souveraineté s’est aussi jouée dans les airs. AURA M, filiale de défense d’AURA AERO, a dévoilé le design définitif de son drone MALE ENBATA, revendiqué « ITAR-free » et conçu en architecture ouverte avec Thales, Safran et Aresia. Développé à la demande de la DGA, il traduit un choix désormais assumé : alors que la France a confirmé son retrait du programme multinational Eurodrone, jugé trop lourd pour la haute intensité, elle réoriente son besoin vers des drones de théâtre souverains à moindre coût, ENBATA étant présenté comme offrant la moitié des performances d’un Reaper pour un cinquième du prix. Dans la même logique souveraine, Thales s’est allié au groupe Renault pour industrialiser la production en série de sa munition rôdeuse Toutatis, avec un démarrage de production visé en 2027 et le recours assumé à un grand industriel automobile civil pour tenir la cadence.

Dans ce paysage de fusions et de grands intégrateurs, la souveraineté ne se résume pas aux plateformes : elle tient aussi à la densité du tissu d’ingénierie qui les rend possibles. C’est la place qu’occupe Ametra Group, dont les équipes d’Ametra Engineering accompagnent plusieurs maîtres d’œuvre en apportant un bureau d’études intégré, une capacité de co-ingénierie et un engagement de résultats sur des systèmes embarqués de plus en plus logiciels. Une brique discrète, mais structurante, de cette BITD que le salon a appelée à renforcer.

Robotique terrestre : l’autonomie entre dans la manœuvre

La 4e journée a placé la robotique terrestre au premier plan. Le constat opérationnel est désormais documenté : Volodymyr Zelensky a révélé, mi-avril, qu’une unité de robots terrestres appuyée par des drones aériens a pris une position russe sans exposer de soldats. À Villepinte, l’armée de Terre et la DGA ont confirmé que ce mouvement n’a plus rien de prospectif.

La DGA a officialisé pendant le salon une demande d’informations, premier pas vers l’acquisition d’une centaine de plateformes polyvalentes terrestres de combat : des robots de moins de 3 tonnes, à roues ou à chenilles, autonomes au moins 24 heures, capables d’opérer en environnement GNSS brouillé et dotés d’un tourelleau téléopéré, pour appuyer l’infanterie au plus près. Le besoin s’inscrit dans un programme à effet majeur « robotique terrestre » lancé fin 2025, adossé à l’accord-cadre DROIDE confié à KNDS France et Safran Electronics & Defense, avec une première unité robotisée de combat visée pour l’été 2027. L’enjeu, répété à chaque prise de parole, n’est pas la plateforme seule mais son architecture de commande ouverte et le maintien de l’homme dans la boucle de décision.

Sur les stands, l’offre a confirmé cette bascule. KNDS a déployé une gamme allant du micro-robot NERVA à l’UGV Centurio, complétée d’une chaîne de lutte anti-drones et d’outils de soutien comme l’assistant de maintenance en réalité augmentée DiagLens. L’estonien Milrem a présenté ses robots antimines et sa plateforme de combat THeMIS, tandis que des projets plus inattendus, comme REFURBOT, un engin terrestre bâti sur un châssis de char AMX-30 réemployé, ont illustré la créativité du moment. 

Côté français, des PME comme Shark Robotics tiennent leur rang dans ce paysage.

Là encore, la valeur ne se loge pas dans le seul châssis. Faire dialoguer robots, drones et véhicules habités autour d’une architecture de commande ouverte, y intégrer capteurs, liaisons et briques d’intelligence artificielle sans jamais perdre le contrôle humain, relève d’un travail d’intégration de systèmes embarqués et de logiciel critique. C’est précisément le terrain d’Ametra, à la croisée de la mécatronique et du logiciel.

L’Eurosatory LAB, vivier de l’IA et de la lutte anti-drones

Le combat de demain ne se joue pas qu’entre grands maîtres d’œuvre. L’Eurosatory LAB, espace dédié aux jeunes pousses, a réuni cette année près de 60 start-ups venues de plus de 15 pays, autour de l’IA, de la lutte anti-drones, de la guerre électronique, de l’interception autonome et des communications résilientes. Toutes traduisent un même basculement : le logiciel, l’autonomie, le traitement de la donnée et les réseaux de combat résilients pèsent désormais autant que les plateformes. Signe de l’attention nouvelle portée à cet écosystème, l’Agence de l’innovation de défense (AID) y a tenu pour la première fois un stand.

Plusieurs de ces start-ups ont déjà franchi le cap du contrat opérationnel. Comand AI, créée en 2023, applique l’IA au commandement : sa suite logicielle Prevail promet des prises de décision quatre fois plus rapides et a déjà été retenue par l’armée de Terre, en France comme en Allemagne. Harmattan AI, née en 2024, a décroché en quinze mois un contrat de la DGA pour 1 000 micro-drones du combattant à coût maîtrisé, déjà employés lors de l’exercice Orion 2026 ; la société développe en parallèle GOBI, un intercepteur anti-drone autonome capable de dialoguer avec d’autres capteurs pour éviter les tirs fratricides. Sur le stand de l’AID, le projet PERIPHAS, porté par Safran, rend un capteur électro-optique autonome dans la détection et le suivi de petits objets, aériens comme maritimes.

Ce foisonnement dessine en creux un besoin que le salon a rendu évident : entre la brique innovante d’une start-up et son emploi sur le terrain, il faut un travail d’intégration, de qualification et de mise à l’échelle. C’est précisément cette passerelle qu’Ametra contribue à construire, en aidant à porter des technologies prometteuses jusqu’à la maturité industrielle et à les inscrire dans des architectures qualifiées. La capitalisation des savoir-faire et l’agilité d’un bureau d’études comptent alors autant que l’idée de départ.

Ametra y était

Tout au long de la semaine, nos équipes ont accueilli les visiteurs sur le stand Ametra Group, Hall 5A, stand F73, avec une journée dédiée au recrutement, de la mécanique à l’électronique en passant par les calculs et les bancs de test. Le stand a aussi accueilli un plateau TV consacré aux enjeux de la défense, qui a reçu plusieurs acteurs industriels et institutionnels de la BITD. Anne-Charlotte Fredenucci, présidente du Groupe Ametra, y a répondu aux questions de Nicolas Dendri pour BSMART 4Change sur la souveraineté industrielle, le rôle des ETI et les grands programmes stratégiques, un entretien désormais disponible en replay. Elle y a rappelé notre conviction de toujours : « S’engager en tant qu’ingénieur pour le développement des nouveaux systèmes de défense, c’est protéger nos frontières, protéger nos valeurs, protéger nos armées». 

Émilie Digeon, directrice des ressources humaines, et Thomas Pinhede, directeur technique, ont également accordé des interviews filmées sur le stand. À la Tente des Métiers, Pénélope Lubin, ingénieure R&D, a présenté les missions de notre cellule R&D et ses travaux sur les TPMS et leurs applications de défense. Le stand d’Ametra a enfin accueilli les étudiants d’IPSA Space Systems autour de leur fusée expérimentale CONDOR.

Sur le stand Ametra Group (Village Adhérents GICAT, Hall 5A, stand F73), le plateau TV BSMART 4Change à Eurosatory 2026. © Ametra

Rendez-vous en 2028

Au terme de cinq jours, Eurosatory 2026 a refermé ses portes sur le même constat qu’à l’ouverture : la supériorité militaire se construit aussi à l’usine

De Scorpion à la robotique de combat, des drones aux munitions rôdeuses souveraines, le salon a donné à voir une BITD qui innove, accélère sa cadence et resserre ses coopérations européennes.

Dans ce mouvement, Ametra occupe une place clé : une expertise de l’ingénierie à l’intégration. C’est le fil que nous avons suivi tout au long de ces cinq jours, et celui que nous continuons de tisser auprès des donneurs d’ordres terrestres et aéroterrestres.

Rendez-vous est déjà pris pour la prochaine édition, en juin 2028, au Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte. 

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